À la radio : un programme en « live »

MER, 6 Février, 2013 - 22:40

Depuis sa création, la radio est étroitement liée à la musique. Les premières diffusions, au début du siècle dernier, se concentraient sur la retransmission de disques et de concerts. Aujourd’hui encore, le média est le moyen le plus apprécié pour écouter ses chansons favorites1. Il doit ce statut privilégié à ses spécificités qui le distinguent des plateformes de musique à la demande.

La radio se différencie des nouvelles formes d’écoute de la musique par le fait qu’elle offre bien plus que de la musique. Le média se caractérise par un contenu éditorial riche dont les composantes sont nombreuses. Parmi celles-ci, la dimension musicale est bien sûr majeure. La plupart des radios axent d’ailleurs leur programmation sur cette caractéristique. Mais cette dernière est encadrée, proposée dans un contexte plus large qui fait tous les atouts de la radio. Sur les ondes FM, la diffusion de la musique s’accompagne de « talks ». A l’antenne, l’animateur prend la parole, donnant à la station un caractère humain, une voix et une personnalité propre. Il peut tantôt commenter un titre, et lui offrir ainsi un contexte de diffusion, tantôt traiter d’un sujet à part, et étendre par là le contenu de la radio. Des capsules d’information, de services, de divertissement ou d’animation viennent ponctuer la programmation. Au-delà de la musique, l’auditeur attend de sa radio qu’elle l’informe de l’actualité ; qu’elle lui propose des services trafic ou météo ; qu’elle diffuse des magazines de divertissement ou traitant de thèmes aussi variés que la culture, l’environnement et la politique.

Plus qu’un simple accompagnement musical, la radio rythme la journée de l’auditeur. Il sait qu’après les informations du matin il est temps de se lever, qu’il est retard s’il n’est pas arrivé au bureau lorsque le magazine culturel commence ou qu’il peut entendre un contenu spécifique à l’heure où les enfants rentrent de l’école. Le « top horaire » est apprécié pour la ponctuation qu’il offre au temps. Ce rôle « structurel » tient en partie au caractère « live » du média et explique sans doute pourquoi les habitudes d’écoute et la fidélité des auditeurs sont si fortes.

Par nature, le média offre ainsi un contexte de diffusion spécifique et une programmation variée. Mais dans cette dernière, la musique ne reste pas moins centrale. C’est notamment au travers des morceaux qu’elles choisissent de diffuser que les stations construisent leur identité et leur succès. Et si celui-ci ne désemplit pas ; si la radio reste un média de masse alors que les technologies rendent accessible n’importe quelle chanson en quelques clics ; c’est justement parce que la radio permet un mode différent de consommation de la musique.

L’auditeur qui écoute de la musique « à la demande » adopte une démarche active. Il choisit le contenu en réalisant sa propre programmation qui est à la fois personnelle et attendue. Et lorsqu’il appuie sur « play », il commence un moment musical unique. Même s’il est partagé ou posté sur les réseaux sociaux, celui-ci est toujours vécu dans la sphère privée : l’auditeur est le seul à écouter ce morceau à cet instant précis. Il privilégie un moment d’intimité et est à la recherche d’une forme de repli sur soi.

A l’inverse, l’auditeur radio qualifie son écoute de « passive ». Pour le contenu musical, il préfère faire confiance à l’animateur et découvrir le prochain morceau diffusé. Il aime se laisser surprendre par le choix d’un titre et s’amuse de la programmation que l’on définit pour lui. La relation de proximité qui se développe entre la station et l’auditeur passe par cette complicité. On aime sa radio favorite pour les émotions qu’elle sait nous transmettre et celles-ci sont indissociables des choix musicaux qui font la personnalité de la station. Plus fort encore, lorsqu’il écoute la radio, l’auditeur se connecte au monde extérieur. Il partage un moment musical avec des milliers d’autres personnes et tous vivent ensemble ces moments d’émotion caractéristiques du média.

La croisée de cette dimension sociale avec le caractère « surprise » de la programmation procure sans doute à la radio son principal atout pour le fan de musique. Lorsqu’il s’agit de découvrir un titre nouveau, le média s’impose loin devant la télévision, les réseaux sociaux et les autres formes d’écoute de musique sur Internet. Selon les résultats de l’étude Les Français et la musique, la radio reste, pour 70% des sondés, le support privilégié de découverte de nouveaux artistes et morceaux2. D’autres études, notamment aux Etats-Unis3, vont également dans ce sens. La radio joue un rôle dans la recommandation d’un titre. C’est elle qui fait d’un morceau un tube et d’un artiste une star. Elle garde une place centrale dans la prescription des références musicales et maintient ainsi des liens étroits avec l’industrie du disque.

Ainsi, la radio n’a rien à envier aux nouvelles formes d’écoute de la musique. Le média a ses caractéristiques propres et reste très largement apprécié pour celles-ci. Dans notre société en constante évolution, il garde une place de premier choix. Et le développement de la toile ne fait que renforcer celui-ci ; Internet devient un moyen d’écoute et permet aux stations une plus grande proximité avec leurs auditeurs. Elles peuvent désormais investir réseaux sociaux et autres sites pour être plus accessibles et interactives, pour communiquer avec leurs auditeurs et être davantage à leur écoute. La popularité de la radio de demain restera sans aucun doute liée à ses spécificités et à la musique, mais dépendra également de la manière dont celles-ci seront développées en ligne. Comme chaque nouvelle tendance, la musique en ligne fait beaucoup parler d’elle. Mais, en continuant à cultiver toutes les choses qui font sa richesse et qui l’érigent en média de masse depuis si longtemps, la radio peut envisager l’avenir avec autant d’optimisme que la musique à la demande.

N.D.

1 Source : Etude Les Français et la musique présentée en 2011 par la Sacem
2 Source : Etude Les Français et la musique présentée en 2011 par la Sacem
3 Source : Etude réalisée par NPD Group pour la Music Business Association NARM : Consumers and music discovery

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