Un air de musique : à la radio ou à la demande ?

MAR, 29 Janvier, 2013 - 15:15

La musique compte parmi les activités culturelles les plus appréciées. Aujourd’hui, il y a du neuf en la matière. Via des plateformes en ligne, le « tout à la demande » légal s’implante en Belgique comme ailleurs. En parallèle, la cote de popularité de la radio est au beau fixe. Les relations entre la radio et la musique en ligne ne semblent pas se décliner sur le mode de la concurrence. Mais alors, comment s’articulent-elles ?

A la demande : un programme sur mesure

Les amateurs de musique les attendaient de pied ferme depuis quelque temps déjà. Dans les dernières semaines de 2011, Spotify et Deezer, deux entreprises phare de l’écoute en ligne, se sont installées en Belgique. Elles donnent accès à des millions de titres via ordinateur ou mobile, moyennant quelques euros par mois.

Si Deezer et Spotify devaient partager un slogan, celui-ci serait probablement « Toute la musique, partout, tout le temps ». L’engouement que tous deux suscitent tient à un facteur déterminant et inédit : leur dimension « communautaire ». Deezer, Spotify, et une dizaine d’autres services semblables, font partie d’un véritable plan d’intégration de la musique à Facebook, lancé en septembre 2011. A l’heure actuelle, toute inscription à ces plateformes passe obligatoirement par le compte Facebook de l’utilisateur. Une fois inscrit, celui-ci peut accéder aux playlists créées par ses amis ou à celles d’inconnus ayant les mêmes goûts musicaux. Il peut publier ses sélections, accéder en temps réel à ce que ses contacts sont en train d’écouter, commenter, recommander, partager. C’est l’essor de la « musique sociale ».

Actuellement, Deezer et Spotify comptent principalement sur des formules allégées, mais gratuites, pour séduire de nouveaux utilisateurs. Et cela fonctionne plutôt bien : le français Deezer, lancé en 2007, revendique 20 millions d’utilisateurs dans le monde, dont 1,4 million d’abonnés à son service payant. Spotify, créé en Suède en 2006, est aujourd’hui présent dans 12 pays et compte plus de 10 millions d’adeptes, dont près d’un tiers d’abonnements payants. Chez nous la tendance est à la hausse pour Deezer, tandis qu’en février 2012, trois mois après son lancement, Spotify comptait déjà 300 000 inscrits.

Au-delà de leurs différences en matière d’utilisation et de contenu, Spotify, Deezer, ainsi que leurs concurrents (Rara.com, Simfy, We7…), peuvent être regroupés sous une même appellation : tous proposent de la « musique à la demande ».

En parallèle de cette nouvelle tendance, d’autres initiatives font parler d’elles. Il s’agit des webradios. Celles-ci se positionnent comme solution intermédiaire, entre la musique à la demande et la radio classique. Le leader en Europe est Radionomy, créé à Bruxelles en 2006. Via son site web, Radionomy permet d’écouter ou de créer gratuitement des radios en ligne en fonction de ses affinités musicales. Des milliers de titres sont mis à la disposition des utilisateurs. Dans ce cas-ci, le « business model » est intégralement basé sur la publicité. A nouveau, le lien avec Facebook est étroit. Chaque webradio peut être publiée, commentée et partagée. La plateforme comprend aujourd’hui près de 6 000 radios. Radionomy est loin d’être isolé dans ce domaine. D’autres, comme Jiwa, Last.fm ou We7 (qui propose à la fois de la musique à la demande et des webradios), connaissent une belle popularité. Jouant de leur image de marque, les stations de radio classiques ont développé leurs propres webradios depuis plusieurs années. Nostalgie, par exemple, propose toute une série de radios en ligne articulées autour de thématiques variées : « Soul Party », « Rock Party », « Claude François », etc. Aux Etats-Unis, Pandora Radio est devenue populaire au point de représenter à elle seule 50% de l’écoute musicale en ligne. Le concept se distingue des plateformes d’écoute à la demande en revendiquant un contenu éditorial travaillé. La distance avec le média radio est tout aussi grande. Les webradios se limitent à diffuser des sélections musicales plus ou moins cohérentes et touchent un auditoire très fragmenté, étant donné que tout un chacun peut s’improviser éditeur de webradios.

Avec ces innovations, chacun peut aujourd’hui trouver en ligne sa solution de prédilection en matière de musique. Il existe une offre pour chaque portefeuille, pour chaque style et pour chaque envie. Les webradios et la musique à la demande marquent une étape cruciale dans la facilitation de l’accès à la musique. Elles s’inscrivent dans l’histoire des moyens d’écoute musicale, à l’instar des lecteurs MP3 et des iPods, venus il y a quelques années faire de l’ombre à l’industrie du CD, qui avait lui-même rendu obsolètes les cassettes et les vinyles au début des années nonante. Pour ces raisons, une étude de Digital Music News estime que « Spotify, Deezer et les autres modèles du genre, seraient préjudiciables à l’achat de musique. L’accès à la musique augmente, mais les actes d’achat via CD ou iTunes diminuent ».

La musique en ligne semble en passe de devenir un marché aux spécificités propres, basé sur l’utilisation sociale d’Internet et sur l’universalité de l’offre. Pour ces nouveaux acteurs, il ne s’agit pas d’entrer en concurrence directe avec la radio. D’ailleurs, tant chez Spotify que chez Deezer, on cite le téléchargement illégal et iTunes comme concurrents principaux. Axel Dauchez, PDG de Deezer, affirme que l’objectif de son entreprise est de devenir « le premier acteur de musique globale en ligne ».

Malgré leur caractère innovant, ces nouveautés restent confinées au domaine musical. Quant à la radio, elle suit une trajectoire qui lui est propre et qui n’est pas liée uniquement à l’histoire de la musique. Elle traverse les années et les tendances en gardant intact son statut de média de masse. Sa popularité est sans commune mesure avec les plateformes de musique à la demande. Deux chiffres d’audience suffisent à le prouver : en Belgique, chaque jour, la radio rassemble plus de 6 920 000 auditeurs, qui passent en moyenne 4h11 à son écoute (1). Ce constat éloquent permet de rendre à la musique en ligne ses justes proportions.

En fin de compte, ni la musique à la demande ni les webradios n’ont vocation à rivaliser avec la radio classique, tant du point de vue de leur audience que de leur finalité. Deezer, Spotify et les autres, restent confinés à la musique, tandis que la radio est bien plus qu’un support d’écoute. Ce constat ouvre la porte à une question essentielle : quelles sont, justement, les spécificités qui font de la radio un média incontournable ?

C.C.

1 Source : CIM Radio vagues 2011-01 + 2011-02 + 2011-03 – L-D – Belgium Universe - All Day - 12+

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